Charles Aznavour en 5 titres impérissables

Que vous ayez 20 ans ou moins, nul ne devrait passer à côté de ces classiques de la chanson française. Retour sur 62 ans de carrière en 5 chansons cultes agrémentées de quelques anecdotes. Celui qui était « certain de conquérir Paris » était, est et restera un monstre de la chanson française à jamais.

Je m’voyais déjà, 1960

C’est dans un hôtel de Bruxelles que Charles Aznavour a écrit ces paroles, inspirées – dira-t-il – par un jeune chanteur qui tentait péniblement d’attirer l’attention du public dans un bar où l’Arménien avait échoué quelques heures plus tôt. Mais la légende prêtera aussi toujours à cette chanson une dimension autobiographique.

Repéré en 1946 par Edith Piaf en personne, le chanteur peine à s’imposer. Son physique chétif, sa voix si particulière, son style ne séduisent pas. En 1960, le jeune Arménien attend encore le succès qui fera décoller sa carrière. Charles Aznavour propose d’abord à Yves Montand de chanter ce texte, mais ce dernier refuse. Le 12 décembre 1960, il chante dans la salle parisienne de l’Alhambra, le grand music-hall sis près de la place de la République. Le public n’adhère pas et les six premiers titres sont reçus froidement. Aznavour entonne Je m’voyais déjà et bouleverse la soirée. Ce sera le premier tube de sa carrière.

La Mamma, 1963

C’est une plainte qui touche au cœur de tous ceux qui ont dû dire au revoir à leurs parents. Ecrite par Robert Gall – le père de France –, la chanson ne trouvait pourtant pas de compositeur pour être mise en musique. C’est finalement Charles Aznavour qui s’en empare et dira avoir écrit la musique « en très peu de temps ».

Hier encore, 1965

Charles Aznavour n’a plus vingt ans. Même, il en a plus de quarante. Le temps de la nostalgie, des bilans et du deuil d’une innocence perdue. Une ritournelle émue qui se révèle vite universelle : il enregistrera ce titre en italien – Ieri Si – en anglais – Yesterday When I Was Young – en japonais – 帰り来ぬ青春 – et en espagnol – Ayer Aún.

La Bohème, 1965

Sur scène, il la chantait toujours avec un mouchoir blanc dans la main, symbole de la jeunesse éternelle et innocente. A la fin de son interprétation, il laissait tomber le mouchoir, en symbole de cette époque révolue.

C’est en 1965 que l’auteur à succès Jacques Plante vient voir Charles Aznavour, qui enchaîne les succès comme For me, formidable ou Que c’est triste Venise. Il n’a pour l’heure que la première phrase, « Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », mais elle suffit à inspirer l’artiste qui se met au piano. Les deux hommes complètent le texte, s’inspirant de leurs anecdotes de vie parisienne. Georges Guétary l’entend et tombe sous le charme. Il sera le premier à la chanter sur scène, dans l’opérette Monsieur Carnaval, mise en scène par Maurice Lehmann.

Mais devant l’enthousiasme du public, Charles Aznavour décide de l’enregistrer en 1966, avec l’orchestre de Paul Mauriat. Le 33 tours sera vendu à plus d’un million d’exemplaires, un succès qu’aura bien du mal à lui pardonner Georges Guétary. Plus qu’une chanson, La Bohème devient l’hymne d’une génération et d’un Paris.

Emmenez-moi, 1967

C’est un cadeau de son beau-frère, Georges Garvarentz. Le mari de sa sœur aînée, Aïda, compose la musique et rédige ce texte qui parle d’exil et de misère. Charles Aznavour la déclinera aussi en anglais en 1978, sous le titre Take me Along, sur l’album We Were Happy Then. Elle est l’un des titres qui explique le si grand succès du chanteur aux Etats-Unis, ce qui lui vaudra notamment une étoile sur le célèbre Walk of Fame de Los Angeles.

Au cours d’une carrière commencée en 1946, il a enregistré près de mille deux cents chansons interprétées en plusieurs langues : en français, anglais, italien, espagnol, allemand, arménien (Yes kou rimet’n tchim kidi), napolitain (Napule amica mia), russe et dernièrement en kabyle. Il a écrit ou coécrit plus de mille chansons, que ce soit pour lui-même ou d’autres artistes. Il serait donc fou de vouloir résumer cette carrière aussi longue que brillante en quelques titres mais qu’est-ce que ça fait du bien de se laisser emporter par cette voix exceptionnelle le temps de 5 titres. N’est-ce pas ?

B.D & Le Monde